Accueil » Assemblée Nationale » Pourquoi je me suis abstenue sur le programme de stabilité
Pourquoi je me suis abstenue sur le programme de stabilité

Pourquoi je me suis abstenue sur le programme de stabilité

Après la défaite sans précédent aux dernières élections municipales dénonçant les orientations politiques prises par la Gauche, une centaine de parlementaires a lancé un appel au Premier Ministre demandant d’indispensables inflexions de la politique gouvernementale. Cette lettre pointait les dangers des logiques d’aides aux entreprises sans contrepartie, insistant sur l’urgence de davantage de justice sociale et réclamant une nécessaire réorientation des politiques européennes.

Le Premier Ministre, Manuel Valls, a présenté le 23 avril dernier une série de mesures pour économiser 50 milliards d’euros… précisant que le RSA, le complément familial et l’allocation de soutien familial ne seraient pas revalorisés avant 2015 !

Autant de mesures qui nous interpellent et ne relayent nullement les attentes et exigences exprimées par les français.

Aussi sans contester, ni sous-estimer les difficultés de la situation économique traversée par notre pays, nous avons considéré nécessaire de saisir le Premier Ministre pour lui faire part de nos inquiétudes face à ce programme de stabilité 2014-2017.

Nous le jugions économiquement inefficace et socialement injuste (risque majeurs en termes de reculs sociaux, d’affaiblissement ses services publics…)

Les débats de ces dernières semaines ont permis de voir émerger des propositions alternatives, portées par la mobilisation de nombreux parlementaires socialistes de toutes les sensibilités du groupe socialiste.

Nos appels répétés formulés auprès du gouvernement et notre volonté réelle de dialogue ont permis de revenir notamment sur plusieurs points tels que le pouvoir d’achat des petites retraites et le maintien du plan de lutte contre la pauvreté.

Malgré tout, ces mesures qui correspondent de fait à des « non reculs » restent très modestes, les grands équilibres du plan d’économies n’ont pas été modifiés.

Mardi dernier, en conscience, en loyauté et en responsabilité, tant à l’égard de l’exécutif que de nos électeurs et dans une démarche collective, j’ai fait partie des 41 députés socialistes qui ont choisi de ne pas voter le programme de stabilité et le pacte de responsabilité.

Mon abstention n’est pas un vote de défiance à l’égard du Premier Ministre et du gouvernement, mais une épreuve de vérité.

Sans remettre en question la nécessaire réduction des déficits, de trop nombreuses questions demeurent en suspens et font que je reste en désaccord avec la nouvelle orientation politique économique que traduit ce programme de stabilité.

On peut se demander pourquoi nous continuons à mettre en place des aides aux entreprises à hauteur de 40 milliards sans conditionner leur attribution à la taille de l’entreprise, aux secteurs d’activité, à leur utilisation dans l’investissement et l’emploi ?

Pourquoi continuer de faire payer aux ménages, à travers le gel des prestations sociales, ces aides aux entreprises dont l’efficacité n’est pas avérée ?

Pourquoi avoir renoncé aux alternatives qui cherchaient à éviter les effets récessifs sur la croissance de ce plan de 50 milliards d’euros d’économie ?

L’effort demande aux collectivités locales (10 milliards sur 3 ans) fait courir un risque réel de freiner l’investissement local et se traduire par des reculs sociaux, une mise à mal des services publics et un risque d’asphyxie de la reprise et de l’emploi.

On peut s’interroger sur l’opportunité de se refuser à faire au niveau national ce que nous prônons aujourd’hui au niveau européen, à savoir une remise en question des exigences bruxelloises qui imposent un rythme et une ampleur de réduction des déficits insoutenables.

Nous voulons présenter au niveau européen une trajectoire plus crédible de réduction des déficits prévenant ainsi les effets contreproductifs sur l’activité économique et les risques de recul des acquis sociaux, mettre fin aux politiques d’austérité qui ont enfoncé l’Europe dans la récession.

Un parlement exigeant, fort, démocratique et contribuant à l’expression de la souveraineté nationale, renforce le pouvoir et l’action du gouvernement.

A l’exemple de l’Allemagne et d’Angela Merkel qui utilise les votes de son parlement pour faire pression sur la Commission européenne et obtenir des marges de manœuvre, la France doit pouvoir prétendre aujourd’hui aux mêmes moyens.

Les abstentions au vote du programme de stabilité sont un signal d’alarme.

D’autres choix économiques sont possibles et doivent être mis en œuvre car ils sont indispensables pour tenir nombre d’engagements que nous avons pris devant les français en 2012.

Ce vote traduit également une exigence nouvelle, le désir de renouer le fil de la confiance avec les citoyens et de respecter nos valeurs et nos promesses de campagne.

Avec notre majorité, je resterai particulièrement vigilante sur les travaux à venir (collectif budgétaire, loi de finances et financement de la sécurité sociale) pour défendre le progrès social, la justice fiscale et sociale, pour redresser notre pays dans la justice.